29.07.2010

La citation du jeudi: D'où je suis je vois la lune

"Assise sur un banc du square avec Comète à mes pieds qui fait semblant de dormir, je regarde le temps passer. Une bloned fait pisser son caniche et un chauve à lunettes lit un bouquin sur le banc d'en face, bien en vue pour que je remarque la couverture. D'abord je tilte pas. Ces temps-ci je suis un peu dans la lune, avec ma main posée sur le téléphone. Mais mes yeux ne peuvent pas s'empêcher d'y retourner, il sont repéré la couleur: c'est un bouquin de la mannequin. Un bouquin tout neuf que le type lit fiérement en croisant les jambes et en mouillant son index pour tourner la page. Il fronce les sourcils, il sourit, il repose son bouquin à plat sur ses genoux et regarde dans le vague avec un air absent. Je suis en plein dans sa ligne de ire mais il ne me voit pas, il regarde au large. Ça me donnerait presque envie de lire, je savai pas que des mots pouvaient ouvrir l'horizon. Sa sévérité s'est transformée en sér&énité. D'un coup je me sens fière, je me dis que peut-être, moi aussi, je suis une adoucisseuse de visages, une sorte d'esthéticienne de l'âme.

Son téléphone sonne, il ne répond pas. Je lâche le mien des mains et je continue de l'observer, cet homme immergé dans l'imaginaire d'un autre."

 

9782234062610-G.jpgQuatrième de couverture: Moon a choisi la rue parce qu’elle a décidé d’être « elle-même dans ce monde où les gens sont devenus des

autres ». Elle ne fait pas la manche, elle vend des sourires, et observe avec malice le manège des gens pressés.
« Je dis : Avec cinquante centimes d'euros, qu'est-ce qu'on achète à notre époque ? J'insiste, il accélère, petite pirouette : Non sans déc’, à ce prix, franchement, tu trouves des trucs intéressants à acheter ? Le type finit par s'arrêter, il se demande où je veux en venir, et c'est là que je sors le grand jeu, tutti et compagnie, je dis : Un sourire à ce prix-là, c’est pas cher payé ! Et j'attends pas qu'il accepte, je lui refourgue un petit sourire façon majorette à dentelles, épaules en arrière et tête haute. Le type soupire, il pense qu'il se fait avoir. Il n'a que dix centimes mais je lui fais quand même le sourire en entier. Je suis pas une radine. »

Autour d’elle, il y a Michou et Suzie avec leur Caddie, Boule, son crâne rasé et sa boule de billard à dégainer en cas de baston, les kepons migrateurs avec leurs crêtes de toutes les couleurs, et surtout, il y a Fidji et ses projets sur Paname. Pour lui, elle a décidé d’écrire un roman, un vrai. 
Et il y a Slam qui sort de prison, Slam qui aime les mots de Moon et a une certitude : un jour, elle décrochera la lune…

 

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La citation du jeudi, clap!

Et bien c'est Jeudi qui est content! Il ne s'attendait pas à avoir autant de fan le pauvre gars! Enfin, un peu volages, mais nul n'est parfait et surtout pas l'initiatrice du bazar!

Le jeudi c'est citation.gif

Alors, parmi les amoureux du Jeudi (mais pas que), nous comptons:

aBeiLLE

Amanda

Ankya

Anne

AnneLaureT

Aurel

Bookworm

Caro[line]

Cathulu

Chocoladdict

Choupynette

Chrys

CKan

ClaudiaLucia

Constance93

Cricri S.

Cuné

De lives et d'eau fraîche

Delphine

Don Lo

Doriane

Emma

Fanny

Fashion Victim

George

Grillon

Herisson08

Irrégulière

Isa

Juliette

Kali

Katell

Khatel

La femme coupée en deux

La froguette

La Trace

Lenemae

Le nirvana

Lhisbei

Liceal

Liza Lou

Lucie

Lune

Lystig

Mademoiselle

Maijo

Mango

Marie

Marie L.

Marine Rose

Martine

May

Minifourmi

Mirontaine

Miss Babooshka

Naolou

Nanne

Noukette

Océane

Ofelia

Papillote

Patacaisse

Sara

Séverine

Shopgirl

Sofynet

Stéphanie

Stephie

Sylire

Tanakia

Thé Citron

Theoma

Tinusia

Turquoise

Uncoindeblog

Valérie

Voyelle

Yueyin

 

Mo fait des blagues, elle est inscrite d'office! Emeraude a d'autres perles, n'hésitez pas à aller y jeter un oeil!

Pour ceux que j'oublie, hurlez!!

Pour le rappel du principe et le logo, c'est par ici! N'oubliez pas, "as you like it" et faites-vous plaisir!

 

27.07.2010

Le naufrage de la Vesle Mari et autres racontars - Jorn Riel

9782847201536FS.gifLe Nord-Est du Groenland, terre de cocagne et de bonheur pour les chasseurs, télégraphistes, et autres bonshommes hauts en couleur qui s'y sont installés et s'y consacrent à chasser l'ours, trinquer avec une boisson d'homme, se raconter des histoires, se battre et se réconcilier. Mais voilà que cette existence paisible est menacée par un infâme bureaucrate et son décret de fermeture des stations de chasse... Une réserve protégée, non mais quelle idée! Retourner à la chaleur du Danemark? Jamais! Chacun va comploter pour échapper à ce triste sort.

Ahhhh, les racontars de Jorn Riel, ces petites histoires drôles, tragiques, un peu fantastique, souvent extraordinaires, truculentes... Ce n'était pas ma première rencontre avec Walfred, Lasselille et les autres et j'ai été heureuse de pouvoir les retrouver et faire un bout de chemin avec eux dans ces circonstances ma foi difficile de leur existence.

Comme toujours, Jorn Riel donne libre cours à un talent de conteur d'une grande richesse et raconte, sous les dehors d'historiettes, la vie de ces hommes possédés par le Grand Nord, le choc d'un retour à la civilisation qu'aucun d'eux ne souhaite, la fin d'un monde et de traditions, des anecdotes vécues ou entendues durant la vingtaine d'années qu'il a passé dans cet univers. Du coup, il devient difficile de démêler le vrai du faux et le faux du vrai.

Ceci dit, ce n'est pas important: à travers ces histoires, Jorn Riel parle de choses universelles, d'amour, d'amitié, de deuil, de peur, de volonté de trouver sa place dans le monde, de liberté et du moteur puissant que ces sentiments sont. Il y a le Capitaine de la Vesle Mari et son naufrage haut en couleur, Doc et Mortensen qui traversent l'Islandis à vélo plutôt que de se soumettre, Lasselille qui se bat contre les esprits., Rasmussen qui doute, et les autres... tous fidèles en amitié, teigneux, têtus et tendres sous leurs abords bourrus. C'est tout un monde d'hommes attachés à leur liberté, à une existence rude et à une nature qu'ils aiment profondément que l'on parcourt. On croise au hasard de ces histoires la culture Inuit, autre thème de l'oeuvre de Riel et de romans magnifiques, des paysages sublimes que Riel sait si bien dérouler sous les yeux de son lecteur et qui donnent envie d'aller faire un tour sur les traces de ces héros et on quitte tout cela à regret.

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Ce sont presque les derniers racontars. Les stations de chasse sont fermées, Doc, Mortensen, Lasselille et les autres ont trouvé une nouvelle place dans le monde, où on les devine heureux et prêts à vivre de nouvelles aventures loin de nos yeux. Longue vie à eux!

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Au début du mois de juin, une rencontre avait été organisée avec Jorn Riel. J'y suis allée le coeur battant de rencontrer ce grand monsieur. J'ai découvert au fond d'un café branché un homme calme, attentif, rêveur et charmant. Dommage que l'absence de traductrice ait rendu le dialogue plus difficile, plus heurté. Mais ce fut une belle rencontre, une manière de découvrir la vie et l'oeuvre de cet écrivain hors du commun, un moment superbe à l'écouter parler de son expérience au Groenland: 20 ans d'une vie dans le Grand Nord à croiser les grandes expéditions scientifiques, à découvrir la culture inuit, à vivre avec les chasseurs, jusqu'à ne plus pouvoir supporter le Danemark. En l'écoutant, j'ai découvert à quel point ses écrits étaient imprégnés de son expérience et cela me les a rendu plus précieux encore.

Il n'y a pas de fin aux racontars a-t-il dit, il pourrait en écrire encore et toujours, raconter des morceaux de ces journées passées avec ces gens qui étaient devenus des bons amis et qui sont encore présents pour lui, aussi vivant qu'autrefois. Le Grand Nord n'est jamais sorti de son esprit, malgré son départ, les voyages et son installation en Malaisie. Il écrira un jour ses mémoires. J'ai été heureuse de l'entendre. Parce qu'une vie pareille vaut toutes les histoires et les romans, j'attendrai ces mémoires avec impatience et l'espoir de recroiser un jour la route de monsieur Riel.

Bien d'autres choses ont été dites encore au cours de cette rencontre. Je m'arrête là. Les racontars sont partis vers mon père qui m'a un jour fait découvrir ces histoires, comme bien d'autres avant.

Vanessa parle aussi de cette rencontre.

Tamara, Lounima, Lily, parlent de ces racontars. Elles ne sont pas les seules, à vous de vous promener au gré des liens. Je vous recommande les interviews de Jorn Riel au passage, elle valent le détour!


Riel, Jorn, Le naufrage de la Vesle Mari et autres racontars, Gaïa, 2009, 250p. 5/5

 

 

25.07.2010

Comité pour la réhabilitation du jeudi, ou La citation du Jeudi

guillemet2.gifVous ne trouvez pas que c'est injuste vous? Non mais vraiment quoi! charte-guillemet.gifPauvre jeudi! Coincé entre le jour des enfants et le sacro-saint vendredi que tout le monde attend avec impatience, escamoté au profit du dimanche, c'est le jour maudit, le jour oublié. On ne se préoccupe même pas de l'insulter comme le lundi! Et bien moi, je propose de réhabiliter le jeudi, de le marquer, de lui faire des papouilles pour lui dire que non, il n'est pas tout seul comme ça au milieu de la semaine!
Alors voilà, le jeudi, ça va être citation. Celle tirée de la lecture en cours, une de celles qu'on note précieusement dans un petit carnet, qu'on garde dans un coin de sa tête parce qu'elle fait du bien, qu'elle fait sourire ou pleurer, une de celles qu'on aurait aimer mettre dans un billet, une oubliée et retrouvée, celle que vous aimez et que vous avez envie de partager.
Qui en est? Une citation tous les jeudi, ou un jeudi sur deux, ou un jeudi sur trois, ou le mardi pourquoi pas, ou une fois de temps en temps, as you like it!
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23.07.2010

The Bell Jar - Sylvia Plath

belljar.jpgTout semble sourire à Esther Greenwood: jeune, jolie, brillante étudiante, elle passe une partie de son été à New-York après avoir gagné un concours de poésie organisé par un magazine. Une chance unique qui lui permet de cotoyer le monde dans lequel elle aspire à entrer. Mais les apparences sont trompeuses: dans cet univers mondain auquel elle n'est pas habituée, la jeune femme commence doucement à perdre pied. Jusqu'à sombrer dans une dépression profonde.
Il y a des romans qui font mal et qui font peur. The Bell Jar est de ceux-là. Parce qu'il sonne terriblement juste, terriblement vrai. Sans doute parce que dans cette unique oeuvre romanesque, Sylvia Plath a mis beaucoup de son expérience: mort précoce du père, dépression, tentatives de suicide, internement, électrochocs, son héroïne traverses le mêmes épreuves que celles qu'elle même a traversé. Mais à mon sens ce n'est pas cet aspect autobiographique qui est pour moi le plus important, même si c'est ce qui a provoqué polémique et procès à l'époque de la publication et de la mort de Sylvia Plath.
The Bell Jar est un roman riche, dense, qui raconte un passage à l'âge adulte, qui parle de la condition féminine dans les années 1950 aux Etats-Unis, qui explore les méandres du traitement des maladies psychologiques et mentales. C'est un récit d'une rare finesse psychologique et d'une précision étonnante dont on ne sort pas indemne.
Dès le début de son récit, Esther apparaît en décalage avec le monde qui l'entoure: incapable de s'amuser avec autant d'insouciance que les jeunes femmes qu'elle cotoie, incapable d'être dupe de la frivolité du milieu dans lequel elle baigne, incapable de se sentir en phase avec son entourage.
Petit à petit, Esther sombre sans que personne ne s'en rendre compte, déchirée entre ses aspirations littéraires, la nécessité de trouver un emploi et le modèle féminin auquel elle est censée se conformer et qui la terrifie. Il y a des pages terribles sur l'univers des femmes au foyer, les enfants à élever, le mari à servir, le métier utile à trouver en attendant de devenir une bonne petite femme soumise à son époux et à son destin de mère. Tout cela Esther n'en veut pas: pas de mari, pas d'enfants pour elle. Mais elle n'est pas pour autant capable de faire face à l'alternative.
« Je me sentais comme un cheval de course dans un monde dépourvu d’hippodromes, ou un champion de football universitaire parachuté à Wall Street dans un costume d’homme d’affaires, ses jours de gloire réduits à une petite coupe en or posée sur sa cheminée avec une date gravée dessus, comme sur une pierre tombale. Je voyais ma vie se ramifier devant mes yeux comme le figuier de l’histoire. Au bout de chaque branche, comme une grosse figue violacée, fleurissait un avenir merveilleux. Une figue représentait un mari, un foyer heureux avec des enfants, une autre figue était une poétesse célèbre, une autre un brillant professeur et encore une autre Ee Gee, la rédactrice en chef célèbre, toujours une autre l’Europe, l’Afrique, l’Amérique du Sud, une autre figue représentait Constantin, Socrate, Attila, un tas d’autres amants aux noms étranges et aux professions extraordinaires, il y avait encore une figue championne olympique et bien d’autres figues au-dessus que je ne distinguais même pas. Je me voyais assise sur la fourche d’un figuier, mourant de faim, simplement parce que je ne parvenais pas à choisir quelle figue j’allais manger. Je les voulais toutes, seulement en choisir une signifiait perdre toutes les autres, et assise là, incapable de me décider, les figues commençaient à pourrir, à noircir et une à une elles éclataient entre mes pieds sur le sol. »
Perdue, angoissée, confrontée à une mère qui ne la comprend pas, un fiancé qui voit en elle une future épouse parfaite et dont les parents l'adore, Esther étouffe.  C'est le début d'une descente aux enfers qu'on ne présageait pas vraiment même si elle était là, présente, possible. Après tout, tout le monde a des moments de spleen, de désespoir même. Mais quand certains continuent à avancer vaille que vaille, d'autres, comme Esther, perdent la bataille. Le malaise augmente, la tentation du suicide fait son apparition et Esther bascule totalement.
C'est là que le roman devient proprement terrifiant. Difficile de ne pas se reconnaître en Esther., en tant que femme, et en tant qu'être humain. Les aspirations contradictoires d'Esther, la peur devant les choix à faire, sont universelles. Et ce n'est pas un problème spécifiquement féminin.
Or, insidieusement, sans raisons réelles, son spleen et ses peurs se transforment en dépression et en tentatives de suicide, ses fragilités deviennent telles qu'elle ne peut que s'effondrer.
« L’idée que je pourrais bien me tuer a germé dans mon cerveau le plus calmement du monde, comme un arbre ou une fleur. »
On encaisse alors sa quête du meilleur moyen de mettre fin à ses jours, ses tentatives de suicide, sa vision déformée du monde qui l'entoure, le poid qui pèse sur elle, l'incompréhension qui l'entoure, son premier traitement par électrochoc (une ironie marquante d'ailleurs dans cette description quand on pense que le récit se déroule à l'époque de l'éxecution des époux Rosenberg), son internement.

"Névrosée ! ah ! ah ! ah !.... J‘ai laissé échapper un rire plein de dédain : « Si c’est être névrosée que de vouloir au même moment deux choses qui s’excluent mutuellement, alors je suis névrosée jusqu’à l’os. Je naviguerai toute ma vie entre deux choses qui s’excluent mutuellement…"

On vit avec elle la découverte des hôpitaux psychiatriques, la rencontre avec une psychiatre capable de l'entendre et de l'amener lentement vers une guérison qui ne sera jamais acquise. Sylvia Plath décrit la douleur psychologique, la douleur physique sans jamais sombrer dans le sensationnel, le voyeurisme. Le lecteur accompagne Esther, entre dans sa psychée, parfois dans ses sensations. Et en sort épuisé avec la conviction que l'histoire d'Esther pourrait devenir la sienne. La vulnérabilité qui la détruit, la possibilité de perdre confiance en soi et en ses capacités sont en chacun de nous.
Pour la petite histoire, j'ai lu The Bell Jar en anglais: si j'ai parfois eu du mal à comprendre certaines choses, j'ai été embraquée par le style limpide, fluide de Plath, par la poésie de sa langue
« Pour celui qui se trouve sous la cloche de verre, vide et figé comme un bébé mort, le monde lui-même n’est qu’un mauvais rêve. »
Lilly a aimé, Pimpi en garde un souvenir plus mitigé. Tout est une fois de plus de la faute d'Ofelia, et d'Erzie, mais elle garde son billet pour elle toute seule!
Plath, Sylvia, The Bell Jar, Faber and Faber, 2005, 234p., 5/5

 

21.07.2010

Nage libre - Nicola Keegan

C'est l'histoire d'une fille qui nage comme elle respire. L'histoire de Philomena qui, de catastrophes familiales en drames va devenir femme et championne olympique de natation. L'histoire d'une accro à la piscine grandie trop vite, réglée trop tard. L'histoire d'une drôle de fille.

Il faut imaginer la scène: Books and the City, un café, un caddie à papillon, deux parapluies, Amanda et moi papotant (entre autre) romans:
-  moi: ah ben  j'aimerais bien lire Nage Libre
- Amanda (plongeant dans son sac): tiiiiennnns!
Amanda est une magicienne, Amanda est merveilleuse, Amanda reconnaît les papesses de la mode, Amanda m'a permis de lire un petit bijou. Que le Grand Livre veille sur elle et sa bibliothèque!

Des romans comme ça, on en croise parfois, et quand c'est le cas, on s'installe confortablement et on plonge pour n'en ressortir que de longues heures après (la SNCF sert parfois à quelque chose) le sourire aux lèvres et le coeur serré. Le sourire au lèvre parce que Philomena est un sacré personnage et que ses tribulations ne manquent pas de piquant. Le coeur serré parce qu'entre son encombrante personne et sa famille dysfonctionnelle et percluse de deuils, elle a fort à faire pour tenir debout quand elle est hors de l'eau. Pour elle, depuis qu'elle est bébé, l'eau représente la sécurité, le confort, le bonheur. C'est là qu'elle peut oublier, ou du moins supporter la peur qu'elle ressent en la présence de sa soeur Bron, puis sa mort et la souffrance du deuil, la perte de son père, la folie de sa mère et la dérive de ses deux soeurs, l'une confite en bigoterie, l'autre perdue dans la drogue. Elle se confond avec l'eau, avec la natation, jusqu'à en faire l'axe indispensable de son existence, jusqu'à se définir par elle et y trouver une raison de vivre. Là, elle trouve des amies, des amours, des médailles et une reconnaissance, un monde dont elle maîtrise les codes, un père de substitution, là elle se construit, emmerdante au possible, arrogante, fragile, attachante, luttant avec l'héritage encombrant des péripéties familiales.
C'est parfois drôle, presque toujours d'une ironie mordante, Philomena jetant d'entrée de nourrisson un regard lucide, acéré sur le monde qui l'entoure et sa petite famille. C'est tendre aussi parce que malgré les disputes, la haine parfois, il y a l'amour vache, l'amitié, les petits bonheurs de la vie. C'est dur parce qu'il y a le temps qui passe et qui change les gens et les sentiments, il y a le deuil, les prises de conscience, la retraite qui pointe le bout de son nez et les remises en cause, le spleen qui gagne parfois et la dépression. Dans un joyeux bazar cohabite tout cela et plus encore, l'ensemble donnant un roman foisonnant, dense et difficile à lâcher, plein de passages qui prennent au tripes par leur beauté et de bons mots.
J'ai découvert Philomena comme on découvre une amie, avec ses défauts, mais aussi son humour imparable, sa joie explosive, ses bêtises, ses excès, ses moments de déprime, sa phase connasse, ses fous rires, sa passion et son jusqu'au boutisme.
Et puis c'est fascinant de découvrir au prisme de son regard le monde de la natation, la passion chevillée au corps de ces athlètes qui se dépassent. On vit avec elle les entrainements qui amènent le corps au bord de la rupture, la volonté féroce de passer les limites et de tenir bon, de gagner, les compétitions et leur ambiance pleine de tension, les conversations de vestiaire.

Bref, un roman plein d'humour, de tendresse, de drames, qui évite l'écueil du pathos, qui cumule les personnages hauts en couleur (les bonnes soeurs sont quelque chose, la galerie d'entraineurs une autre, je les ai adorés), qui déborde d'énergie et qui se paie en plus le culot d'être original. Je ne sais pas ce que vous attendez, mais si j'étais vous, j'essaierai de trouver une bonne fée susceptible de sortir cette merveille de son sac ou une bonne librairie/bibliothèque. C'est un indispensable!

 

"Lors du carême j'ai tiré un trait sur toutes sortes de chocolat possibles et imaginables, sauf le malté, je suis allée me coucher sans me plaindre, je me suis tenue à carreau à l'église et j'ai écouté avec attention soeur Séraphine nous expliquer que la convoitise combinée à la frustration nous enseigne une leçon capitale sur le sort de l'homme et par l'homme elle entendait l'humanité en général, y compris nous; Lilly lui a posé la question, histoire de s'en assurer. Moi, je m'étais mis en tête que me priver de chocolat compenserait ma convoitise et révèlerait à la terre entière que j'étais un prix d'excellence, qu'au bout du compte mes efforts seraient récompensés.

Faux."


C'est de la faute de Cuné, et d'Amanda, et de Cathulu et de Fashion. Les filles, vous devriez avoir honte!

Keegan, Nicola, Nage Libre, L'Olivier, 2010, 425p. dévorées en 5 heures, 5/5

 

19.07.2010

Jin - Motoka Murakami

jin_01.jpgÀ 34 ans, Jin Minakata est le responsable de la section neurochirurgie du CHU de Tôto. Alors qu'il opère un patient, il fait une découverte hors du commun: l'homme a un foetus humain à l'intérieur du crane. Après qu'il l'ait extrait, des phénomènes étranges se produisent autour de lui. Jusqu'à ce qu'une chute dans les escaliers le propulse dans le Japon du 19e siècle, au coeur des combats de la fin de l'ère Keio.

Poussée par la curiosité et une boulimie de bulles, j'ai fini par ouvrir le premier tome de cette série qui a priori, ne me tentait guère. Depuis Urgence (ils ont tué Mark Greeeeeennnnnn!... Hem), plus de séries médicales pour moi, sur petit écran ou papier. Même l'argument du voyage dans le temps n'était pas parvenu jusqu'alors à me faire changer d'avis. J'avais tort. Ben oui. Jin est une excellente série, inventive et intéressante qui permet de découvrir d'une manière inhabituelle cette période historique fascinante qu'est la fin de Keio et l'avénement de Meiji.

Jin Minakata découvre la réalité d'une époque qu'il connait sans la connaître et ouvre de grands yeux étonnés et naïfs sur un monde à la fois raffiné, barbare et proche du sien dans lequel il va petit à petit s'intégrer. De tomes en tomes, on le suit à la découverte d'Edo et de Kyoto, des familles de samouraïs aux quartiers de plaisir, des prisons de l'Empereur aux ruelles des bas quartiers, des complots politiques aux combats sans merci. Jin va croiser ainsi nombre de personnages importants qui vont lui venir en aide ou tenter de le détruire. Car coincé dans une époque qui n'est pas la sienne, Jin fait le choix de pratiquer sa médecine ce qui provoque jalousie et rancoeur ou fascination (et amour parce que quand mêm il faut bien une belle histoire d'amour dans tout ça, et pas qu'une, mais ceci est une autre question).

Et c'est là que le manga devient vraiment intéressant: il va devoir confronter ses connaissances et ses habitudes à des conditions d'exercice de la médecine qui n'ont rien à voir avec ce qu'il connaît et faire face à des affections éradiquées en son temps comme la rougeole et le choléra. Le travail de fond du mangaka est impressionnant. Chaque histoire développée, chaque technique médicale utilisée et présentée a été cautionnée par un médecin. Certaines cases ne sont pas sans rappeler des planches d'anatomie par leur précision. On découvre donc bien des choses à commencer par les moyens de fabriquer de la pénicilline artisanalement. On oublie presque qu'il s'agit d'une histoire de voyage dans le temps tant la médecine est au centre.

Seul regret, on se cantonne généralement aux différences entre médecine traditionnelle et médecine contemporaine, aux moyens que trouve Jin pour compenser les différences de matériel et de pharmacopée sans réellement parler des pratiques médicales du 19e siècle et de la confrontation entre médecine traditionnelle orientale et médecine occidentale, laquelle est tout juste abordée comme un arrière-fond qui va avec celui des bouleversements politiques de ce temps.

Heureusement il n'y a pas que ça! Au fil des volumes, les personnages secondaires s'étoffent, deviennent attachants, les complots et les drames se nouent, faisant naître une tension qui pousse à ouvrir le tome suivant et à découvrir ce qu'il advient du héros et de ses partisans. Et cela même si le grand coeur de Jin le rend parfois un brin agaçant et s'il faut un peu de temps pour que le scénario ne se contente pas d'aligner les histoires médicales mais entre dans le vif du sujet: la confrontation de deux médecines.

Bref, une belle découverte et une jolie série qui mérite le détour!

Murakami, Motoka, Jin, 18 vol., 11 traduits, série en cours. 9 volumes lus, ed. Tonkam

17.07.2010

Les enchantements d'Ambremer - Pierre Pevel

pevel Les Enchantements dAmbremer.jpgParis, 1909. Les messieurs portent la redingote, les dames des jupons, les voitures sont encore objet rare. Rien d'inhabituel si on oublie une tour Eiffel en bois blanc et un étrange château dans le lointain du bois de Boulogne. Celui d'Ambremer. Car les fées ont décidé de dévoiler aux hommes l'existence de l'OutreMonde, et nulle part ailleurs qu'à Paris, la féerie n'est aussi présente. Dans la vie comme dans la mort: une étrange série de meurtres défraie la chronique, meurtres sur lesquels Louis Denizart Hippolyte Griffont, mage du Cercle Cyan de son état, est chargé d'enquêter et qui vont le mener au coeur de dangers dont le moindre n'est pas Isabel de Saint-Gil, fée rénégate avec laquelle il est contraint de faire équipe. Notre magicien n'est pas au bout de ses peines...

Ou comment découvrir la magie de Paris sous un autre angle: une tour Eiffel qui a une drôle de couleur, des sirènes dans la Seine, des arbres qui parlent, des animaux dotés de raison,  gargouilles vivantes, un métro dont le terminus est le royaume des fées, il y a de quoi faire rêver et frissonner!

Ce à quoi s'emploie Pierre Pevel avec un beau bout de plume, une imagination débridée, un sens du rebondissement indéniable, un art de la mise en scène et du dialogue qu'on ne peut nier. On pense aux romans feuilletons, à Sherlock Holmes, à la Ligue des gentleman extraordinaires, aux délicieux romans policiers de ces temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, et à juste titre: l'auteur maîtrise son sujet et sait parfaitement glisser au fil des pages des hommages et des clins d'oeil qui font sourire. Il installe une ambiance au charme suranné, y fait se mouvoir des personnages hauts en couleur, et s'il n'échappe pas à quelques clichés et facilités, il veut manifestement se faire plaisir et faire plaisir à son lecteur ce qui est totalement réussi. J'ai passé quelques trop courtes heures de bonheur à suivre Louis dans ses aventures, à le voir se chamailler avec Isabel, côtoyer la police, explorer une bibliothèque magique qui me fait saliver et vivre de folles aventures, le tout emballé dans le style enlevé de Pierre Pevel qui m'en a fait oublié les quelques petits défauts que j'ai pu trouver à l'ensemble. Parce qu'il y en a: une fin un peu rapide, un univers qu'on aurait aimé pouvoir explorer un peu plus,des répétitions... Mais en face il y a ce croisement réussi entre roman policier, roman feuilleton, conte de fée et fantasy, un univers entraînant, confortable, amusant qu'on quitte à regret. Il y a ces créatures magiques qu'on croise avec plaisir, de gnomes en fées en passant par les elfes, les dragons, quelques membres des Brigades du Tigre, des sorciers maléfiques et un petit roi des rêves!


"Il était une fois le Paris des Merveilles..." Effectivement, c'est à une belle balade dans Paris que nous convie Pierre Pevel. J'ai passé un excellent moment, trop vite terminé et qui me donne envie de mettre la main sur la suite des aventures de Louis et Isabel, apparemment trèèèès difficilement trouvable. Comme si c'était ce qui peut m'arrêter!

L'avis d'Uncoindeblog, celui de SBM.

Pevel, Pierre, Les enchantements d'Ambremer, LGF, 2007, 350p. 4/5

14.07.2010

Here I go again, lalalalala

Souvenez-vous, oui, convoquez à vous vos souvenirs des rives brumeuses où ils se sont égarés...

Hem...

Bon, revenez juste à l'année dernière, même date, même heure ou à peu près, nous ne sommes plus à une licence poétique près chers amis. L'année dernière, même date, même heure, une drôle d'idée nous venait avec Fashion sous l'influence conjuguée du caffé latté et de Tarantino. Depuis nous avons changé notre fusil d'épaule et nous contentons sobrement de champagne (enfin presque). Avec sobriété j'ai dit. Et modération (enfin presque). Bref, Harlequinades donc. 58 participants plus tard, de l'encre virtuelle coulant à flot tel le sang de l'intrépide guerrier en kilt, le challenge improbable était devenu un truc tout aussi improbable baigné dans l'enthousiasme, les fous rires, le glucose et le début d'une addiction dont certaines ne se sont pas remises.

Du coup, que voulez-vous, nous nous sentons un brin obligées, pour ne pas dire contraintes (ouhhhh, que c'est dur) de lancer les Harlequinades 2010 (affreuse, atroce torture) (ok, j'arrête). Oui, vous avez bien lu.

Le principe est le même que l'année dernière: lire un roman Harlequin ou assimilé (personnellement je recommande chaudement le J'ai Lu Aventures et Passion, mais c'est vous qui voyez, si vous préférez le Harlequin médical, personne ne vous lancera Safari à Marakunda à la tête bien au contraire), le chroniquer. Tout est permis: une thèse sur l'utilité du kilt en période passionnelle, un rapport sur l'influence de la lune sur les bestioles à crocs et sang chaud chaud chaud, un rapport sur les vertus aphrodisiaques méconnues du jasmin, un mémoire sur le vol de bétail en tant que ressort narratif... Vous pouvez même aller jusuqu'à rédiger une nouvelle "harlequin", quelques pages ou quelques paragraphes dans lesquels votre imagination débridée et sans borne, assoiffée de passion pourra laisser libre court à ses instincts.

Pour participer, il vous suffira de crier votre passion (oui, encore), dans les commentaires de ce billet et de tenter de respecter la (kiss me) dead(ly) line (oups, je sors... et puis non) du 30 septembre 2010 où vous voterez avec hystérie bien entendu pour votre billet préféré.

D'ici là, bonne chasse sur les terres sans limites de la passion et que la force soit avec vous!

Ps: comme Ofélia est superbe, merveilleuse, inimitable, adorable, fabuleuse, stiltonienne, elle nous a concoté de magnifiques logos avec lesquels vous pourrez embellir vos antres virtuels. Elle est pas belle la vie? Et en plus vous avez le choix!

 

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Oh yeahhhhh!

http://www.hautetfort.com/admin/posts/post.php?post_id=2825614&evnt=editPost&signature=b023e88561d8054e05f77399bdec9c5eae8bf6261685698970.jpg
Graouuuuuu!
Edit: nous avons donc parmi nous:
Angua
Ankya
Armande
Caroline
Cécile
Chimère
Choupynette
Crazyprof
Cryssilda
Cuné
Clara
DF
DGirl
Dup
Emma (on attend les zombies avec impatience)
Estellecalim
Evy
Ferocias
Fleur
George
Gwenaelle
Hydromiel
Kali
Karine:)
Kikine
Les Piles
Lili
Lili Galipette
Loula
Mademoisellebulle
Mango
Martine
Matilda
Mazel
Nadia
Nataka
Ofelia (la seule, l'unique, la wonderful)
Patacaisse
Pickwick (ploc)
Pimpi
Restling
Sandy
Secondflore
Shopgirl
Sid
Stéphanie
Stephie
The Bursar
Theoma
Val
Vilvirt
Wal
Officieusement, on ne sais jamais ce qu'il peut se passer chez Monoprix
Emeraude
Ah ouais, et Erzébeth a osé imité la signature de sa maman. Vilaine va!
Et un jour on aura Isil à l'usure!

08.07.2010

En avant, route! - Alix de Saint-André

Trois fois Alix de Saint-André a pris le chemin. Trois fois elle s’est dirigée vers Compostelle, elle, la croyante intermittente, fumeuse invétérée et pas sportive pour deux sous. Trois fois elle a vécu une formidable aventure humaine, faite d’ampoules aux pieds, de chats mal doués, de rencontres, de disputes et de réconciliations qu’elle raconte avec humour.


Autant vous le dire, j’ai adoré faire ce bout de chemin avec Alix de Saint-André et les autres. Le chemin, je ne l’ai jamais parcouru même si je le regarde depuis quelques années avec envie et le sentiment qu’un jour, j’irai le parcourir, en entier ou pas, on verra bien. Du coup, le découvrir sous cette plume réjouissante a été un vrai bonheur. Alix de Saint-André raconte son expérience, la vie quotidienne des pèlerins, les agacements, les moments de bonheur, les rencontres banales et extraordinaires, l’âne Pompon, ses sept maris, le botufumeiro, les raisons qui poussent un jour à prendre la route sac au dos pour trouver les réponses et même les questions, chacun avec son vœu, chacun avec une histoire qu’il choisit de raconter ou pas puisque l’important sur le chemin ce n’est pas ce qu’on est hors du chemin mais ce qu’on y partage, ce qu’on y vit ensemble ou dans la solitude. C’est un beau regard qu’elle porte sur elle-même et les autres, plein de tendresse, d’ironie douce et de lucidité sur la nature humaine.
C’est un récit fort, qui mêle les détails triviaux du quotidien à des pages passionnantes sur la foi, les choix de vie, ce que l’engagement dans ce pèlerinage représente et apporte. On rit, on s’émeut, on vit un peu cette aventure à quatre kilomètres-heure et cette drôle d’odyssée dont on ne guérit apparemment jamais vraiment quelques aient été les raisons de s’y engager.
 

Cuné m'avait donné envie de découvrir cette belle aventure, qu'elle en soit remerciée!

Saint-André, Alix de, En avant route!, Gallimard, 2010, 307 p., 4/5
 

 

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