19/10/2012

Certaines n'avaient jamais vu la mer - Julie Otsuka

Parfois, il suffit des quelques lignes d'un extrait pour tomber amoureux d'un texte et filer, quasi séance tenante en librairie. Où la libraire vous tend l'objet de vos désir avec une larmichette à l'oeil et un trémolo dans la voix en vous en faisant l'article. Là, l'inquiétude commence à monter. "Ah. Bon. A ce point. *et si ça ne me plaît paaaaaas, ôskour*"

Et puis, confortablement installé, une bière bien fraîche/un verre de vin/une tasse de thé/une lichette de whisky (rayer la mention inutile) à portée de main, vous reprenez du début. Et plongez tête la première dans une petite merveille de texte.

9782752906700.jpgJulie Otsuka raconte non pas une histoire, mais des histoires. Et en même temps, non pas des histoires, mais une histoire. Ne croyez pas que je m'embrouille ou que je tente des effets de style pour le moins aléatoires, c'est simplement que si ce sont des milliers de femmes qui sont évoquées, leur destin se fond dans une histoire commune. Celle, tragique, de jeunes femmes mariées avec des inconnus qui les attendent de l'autre côté de l'océan et qu'elles rejoignent. Elles sont plus ou moins jeunes, toutes rêvent d'une vie plus facile, de cette richesse qui ne peut que les attendre dans ce pays où les dollars poussent sous les pavés. Pour ne trouver à l'arrivée que des maris qui ne ressemblent plus à leurs photographies et l'abrutissement d'une vie de quasi esclave dans un pays où avoir la peau jaune ne vaut pas beaucoup mieux que de l'avoir noire.

A la première personne du pluriel, mêlant les voix de ces femmes, Julie Otsuka dépeint avec une précision de détails qui donne parfois froid dans le dos l'exil, le quotidien sans espoir, la souffrance de ces femmes contraintes de faire face à un pays qui n'est pas prêt à leur accorder de vivre le moindre rêve, et qui, un jour pas si lointain, les reniera. Elles parlent d'une seule voix ces femmes, parce que finalement, quelque soit les détails parfois minuscules qui leur donnent une silhouette, toutes racontent la même désillusion, le même drame. C'est sont le racisme ordinaire, les travaux des champs, les ménages, les enfants qui deviennent des étrangers. Le temps qui file sans qu'on puisse apprendre ne serait-ce que l'anglais. Le temps qui file sans que quoi que l'on fasse ne puisse jamais effacer la couleur de peau. C'est de l'histoire ancienne et pourtant une histoire qui fait résonner des échos diantrement contemporains C'est bouleversant, révoltant et pourtant pudique et sans pathos.

J'ai aimé le rythme particulier qui naît de ce nous répété, de ces phrases courtes, presque cliniques qui charrient une violence et une force incroyables. J'ai aimé cette plongée dans l'histoire par la petite porte.

Un indispensable de la rentrée littéraire pour moi.

 

Otsuka, Julie, Certaines n'avaient jamais vu la mer, Phébus, 2012, 144p.

 

22/09/2012

Le dit de Murasaki - Lisa Dalby

Le-Dit-de-Murasaki-Liza-Dalby.jpgJapon, XIe siècle, Fuji Shibuku, jeune femme issue d'une famille noble, n'est guère commune avec son amour et sa connaissance de la littérature chinoise et son talent incontestable pour l'écriture. Loin de se contenter de composer de la poésie, elle invente Genji, prince radieux dont les aventures vont lui valoir la célébrité et lui ouvrir les portes de la cour impériale. Nul ne le sait encore, mais elle écrit alors ce qui deviendra le premier roman de la littérature japonaise.

Si Le dit de Genji est un des textes majeurs de la littérature japonaise, il ne reste guère de traces de son auteur, si ce n'est un journal fragmentaire et des poèmes, quelques dates marquantes et son statut de dame d'honneur de l'impératrice Shôshi. Peu, mais suffisant pour Liza Dalby, anthropologue spécialiste du Japon, qui a fait le choix de compléter ce journal et démontre non seulement l'étendue de ses connaissances, mais aussi son incontestable talent littéraire. Non seulement elle fait vivre sous sa plume un très beau personnage féminin, aux pas duquel on s'attache avec plaisir et parfois tristresse mais elle offre aussi, et surtout, une merveilleuse reconstruction de l'ère Heian. Elle fait revivre pour son lecteur un monde mort depuis longtemps dans sa complexité, son raffinement, son aveuglement et parvient à merveille à évoquer l'atmosphère des maisons et des palais, le raffinement qui masque à peine la violence des relations humaines. Parsemé de poèmes waka de l'époque Heian, la plupart de la plume même de Murasaki, Le dit de Murakasi est un petit bijou.

 Yue Yin m'avait donné envie de le lire...

Dalby, Liza, Le dit de Murasaki, Picquier Poche, 63p., 2007

21/02/2012

La dame en noire - Susan Hill

La-Dame-en-Noir-Susan-Hill.jpgQuand Arthur Kipps, jeune notaire londonien est envoyé dans le nord de l'Angleterre pour assister aux funérailles d'Alice Drablow et s'occuper de sa succession, il est loin de se douter que ce voyage va changer jusqu'à sa perception du monde. La faute à une femme vêtue de noire qui va croiser sa route... Une vingtaine d'années plus tard, il se décide enfin à raconter cet épisode de sa vie.

Ce n'est pas que je n'ai pas aimé, bien au contraire. J'ai même bouquiné avec grand plaisir ce roman qui se lit presque tout seul. Mais quand on me parle sur la quatrième de couverture de chef d'oeuvre de la littérature anglaise, et bien... Je me mets à avoir des attentes. Or, il n'y a rien de très original dans La dame en noir. On y retrouve les ingrédients traditionnels, à commencer par le fantôme, la lande, les marais, des villageois taiseux et un jeune homme très sûr de lui. Pour tout avouer, j'avais deviné le pourquoi du comment à la moitié de ma lecture.

Ceci dit, c'est aussi un roman qui a de franches qualités, à commencer par une histoire plutôt bien troussée, en tout cas parfaitement maîtrisée, et surtout une ambiance toute de brouillards soudains et d'angoisse qui est fort réussie. A défaut d'être surpris, on est saisi par l'humidité de cette vieille maison isolée dans laquelle se retrouve le jeune Arthur. C'est d'autant plus agréable que Susan Hill ne donne pas dans la surenchère et sait parfaitement où et comment s'arrêter pour ne pas plonger son lecteur dans des abîmes d'ennuis.

Efficace donc, et parfait pour un dimanche sous la couette.

A noter, l'adaptation filmographique sort le 14 mars.

Cachou dont je partage à 100% l'avis, Mango, Karine :),... 

Hill, Susan, La dame en noir, Ed. de l'Archipel, 2012, 220p.

06/01/2012

Chocolat - Joanne Harris

9782912517135FS.gifQuand Vianne Rocher s'installe à Lansquenet-sur-Tannes, petit village du sud-ouest de la France, elle apporte avec elle la couleur, la magie... et le chocolat. De quoi révolutionner la vie tranquille de ce petit coin de terre, quitte à dresser le village en deux camps.

Chocolat je le lorgnais depuis que le film éponyme avec Juliette Binoche et Johnny Depp avait fait mon bonheur de midinette. Un film doudou à se repasser aux jours difficiles (ou pas), bien au chaud sous une couette avec une bonne tasse de chocolat. Ou un thym-romarin-citron.

Las, le roman n'a pas tenu ses promesses. J'ai aimé les personnages, Armande surtout, la vieille dame indigne. Vianne aussi et sa petite Anouk. J'ai aimé la tolérance que défend ceux que Vianne n'effraie pas. Les descriptions de cuisine et de pâtisserie, toutes de gourmandise.

Mais pour le reste... si on en croit les indices semés au fil du texte, nous devrions être au début des années 90... avec une ambiance qui ressemble à un chromo des années 50. Non pas que je n'aime pas les anachronismes, mais bon... Quand au prêtre... Et à ses dames patronnesses... Bref, je ne suis pas parvenue à y croire une minute. Comme quoi, le mélange de chocolat, de magie et de bons sentiments ne donne pas toujours un résultat très digeste même si sympathique.

Tant pis! Je vais retourner au film!

Mango a aimé, Manu est plus dubitative... Et elles donnent toutes deux des liens vers d'autres avis

Harris, Joanne, Chocolat, Quai Voltaire, 2000, 333p.

13/12/2011

Scintillation - John Burnside

Scintillation.jpegSur une presqu'île, une ancienne usine chimique, une forêt empoisonnée, une ville où les gens meurent à petit feu et où des adolescents disparaissent sans que personne n'interroge la version officielle. Sauf Léonard, quinze ans qui n'y croit pas et dont l'existence partagée entre baise et littérature va prendre un tournant radical.

Difficile de résister à Cryssilda quand elle se met à claironner sur tous les toits qu'elle aime John Burnside d'amour. Alors quand en plus Cuné parle d'un roman "totalement envoûtant"... et bien il ne reste plus qu'à céder.

Sans aucun regret d'ailleurs vu la force de ce texte, sa noirceur sans concession, son humour glaçant. C'est que l'Intraville est un endroit empoisonné, une terre morte sur laquelle des hommes et des femmes agonisent à petit feu, abrutis par la télévision et ces maladies étranges qui se déclarent parmi la population, maintenus sous la coupe de ceux de l'Extraville, les riches, les puissants dont l'intérêt n'est certes pas que les choses changent. Pourtant ce n'est pas l'intelligence qui manque dans l'Intraville. Il y a Léonard par exemple, et les autres, chacun à leur manière. Mais il faut de la force pour en pas sombrer dans la violence ou la déraison, ne pas vivre comme un fantôme ou disparaître sans laisser de traces.

Roman politique, Scintillation l'est à sa manière quand il parle des relations de domination, de la corruption, de la nature empoisonnée au sein de laquelle prolifèrent des monstres.L'Intraville est un de ces mouroirs dont on entend parfois parler au gré des scandales écologiques qui émaillent l'actualité: un monde pourri où l'exaltation du progrès a été remplacée par la pauvreté, la déliquescence, la violence ou l'abrutissement si tant est que l'un ne suive pas l'autre de près. On voit des adultes qui ont depuis longtemps perdu leur âme, la petite flamme qui les animait jeunes. On voit des adolescents qui tentent de vivre le plus intensément possible puisque le destin de ceux de l'Intraville est de mourir jeune. C'est poisseux, dérangeant, désespérant, et pourtant par moment d'une grande beauté, comme l'usine abandonnée, comme la nature telle que la voit et la décrit Léonard, drôle et amer à l'image du regard que porte Léonard sur le monde qui l'entoure.

Scintillation, ce sont aussi des pages merveilleuses sur les livres. Un pas de côté qui petit à petit brouille les frontière entre le réel et un monde dont on ne sait pas s'il est celui de la folie, de la drogue ou autre chose dans quoi se perd Léonard. Un beau personnage d'ailleurs, magnifique adolescent en révolte, bouillonnant des possibles d'un avenir qui lui est refusé et prêt à tout pour vivre, se sortir de ce marasme, lutter contre l'inéluctable puisque l'occasion lui en est donnée.

Bref, incontestablement une de mes plus belles lectures de l'année.

Sylvie a aimé, Clara aussi,...

Burnside, John, Scintillation, Métailié, 2011, 283p.

 
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